L’écrivain public, un travailleur social ?

L’écrivain public, un travailleur social ?

En prêtant sa plume à autrui, l’écrivain public répond à des demandes très variées, souvent complexes. Par nécessité, le métier s’est aujourd’hui professionnalisé. Avec l’assistant social, l’éducateur, le juriste ou le psychologue, l’écrivain public fait partie des professionnels incontournables de la relation d’aide à la personne, comme tout travailleur social.

Découvrez l’article que j’avais écrit en 2018 pour feu l’association des anciens de la licence professionnelle « Conseil en écriture professionnelle et privée – Écrivain public » de l’université Sorbonne-Paris 3, repris par la ville de Roubaix. Son contenu n’a jamais été autant d’actualité, car si la dématérialisation rend service – on l’a vu pendant le confinement –, elle est en même temps un facteur aggravant de la fracture numérique… et donc sociale.

Vous avez dit « vieux métier » ? À l’heure de la dématéralisation, l’écrivain public n’a jamais été autant sollicité. Il y a presque autant de définitions de ce métier que d’acteurs. Il n’est pas toujours facile de saisir son profil, étant donné le caractère polymorphe de ses interventions. S’il peut être conseiller en écriture au sens large, il se positionne souvent dans une relation d’aide et a toute sa place dans les structures sociales : Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), centre social, maison de quartier, Maison de Justice et du Droit (MJD)…

L’écrivain public est la « plume » de l’usager. Il répond à différentes problématiques liées à l’illettrisme, l’analphabétisme, l’illectronisme, la non francophonie, l’inflation et la complexité administratives, le besoin de médiation. L’écrivain public sert à renouer le dialogue entre les usagers et les institutions. « Plus les personnes rencontrent des difficultés socio-économiques, plus leur situation est traversée de contradictions administratives dont l’écrivain public est l’un des principaux témoins. » Très concrètement, il accompagne l’usager, d’un point de vue administratif et rédactionnel, dans des problématiques de la vie quotidienne : difficulté financière, de logement, de santé, recherche d’emploi, litige avec un voisin

L’écrivain public travaille en équipe ou en réseau, il s’entoure d’assistants sociaux, de juristes, d’éducateurs, etc.

Complémentaire du travailleur social

L’écrivain public est au commencement de la relation d’aide. Dans un contexte de plus en plus dématérialisé, il devient l’un des uniques repères physiques pour formuler une demande. Neutre, sa fonction d’aide à la rédaction inspire confiance. Il exerce souvent son métier en étroite relation avec un travailleur social, et oriente l’usager vers le professionnel le plus adapté : assistant social, juriste, psychologue… Parfois, il est un relais quand la confiance avec un travailleur social s’étiole, dans le cas de relations qui s’usent dans le temps ou d’impression par l’usager de stagnation de sa situation. 

« C’est à la fois sa ressemblance (de par les situations rencontrées et la manière de les appréhender sur la base d’un travail de relation) et sa différence (une aide facultative, qui n’a pas l’apparence d’un suivi imposé et d’un entretien formel) avec l’accueil du professionnel social, qui lui fait s’attirer les faveurs des usagers et qui fait de lui un intermédiaire privilégié entre usager et professionnel social. »

Les qualités de l’écrivain public

Pour répondre aux besoins de l’usager, l’écrivain public développe des qualités d’écoute et la capacité à traduire la parole d’autrui. Avant tout, il sait manier la langue française. Outre une connaissance irréprochable de l’orthographe, la grammaire, la syntaxe et la typographie, il aime écrire. Il sait également écouter : il laisse la personne s’exprimer, voire suscite la parole. Devant des situations pas toujours claires, le professionnel sait poser les bonnes questions, et aider à la formulation. 

Décoder l’environnement social et juridique est l’une des qualités de l’écrivain public professionnel, qui garantit son efficacité. « Sa connaissance des textes, des environnements juridiques et sociaux, des partenaires, mais aussi et surtout sa conscience exacte des limites de son intervention ; il ne doit en aucune manière interférer avec les autres professionnels, mais rediriger au besoin l’usager/client vers des professionnels dont c’est le métier ». Enfin, il inspire confiance et, s’il était besoin de le préciser, l’écrivain public fait preuve d’empathie (suffisamment, mais pas trop… il y a un équilibre à trouver).

Le métier se professionnalise

Bien que la profession ne soit pas réglementée, l’écrivain public s’aligne sur la déontologie du service social. Il s’engage à respecter la plus stricte confidentialité des informations auxquelles il peut avoir accès.

Ceux qui exercent la fonction d’écrivain public sont des personnes qui, bien souvent, se sont reconverties. Ils ont une expérience de la vie qui les pousse à une écoute compréhensive et éclairée, pour faire face à toutes les demandes et à toutes les situations.

Cette écoute et cette adaptabilité ne sont pas suffisantes. Les lois évoluent, les décisions administratives également. Devant la diversité et la complexité des demandes, on exige de l’écrivain public de plus en plus de compétences. Si le réseau est essentiel pour se tenir informé et s’adapter – notamment l’entourage des travailleurs sociaux –, une solide formation est désormais vivement conseillée. Parmi les diplômes proposés : la licence professionnelle « Conseil en écriture professionnelle et privée – Écrivain public » délivrée par la Sorbonne-Paris 3 ou la licence professionnelle « Intervention sociale – Écrivain public » (Toulon).

Si sa fonction existe depuis longtemps, l’écrivain public professionnel creuse peu à peu son sillon dans l’échiquier social. Un partenaire neutre, utile, de plus en plus compétent, dont le rôle n’a jamais été aussi pertinent.

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