Écrivaine publique, ce que je retire du confinement

Écrivaine publique, ce que je retire du confinement

Confinement, déconfinement… et après : l’écrivain public, au milieu de la tourmente, s’adapte à la situation. Plus que jamais, il apporte aux demandeurs éloignés de l’écrit, de l’informatique ou de l’administration –  voire des trois – une aide inestimable. Réflexions d’une écrivaine publique tout juste sortie du confinement.

J’enfonce une porte ouverte : nous vivons une période troublée et anxiogène. Chômage et pauvreté renforcés, tristesse de vivre la maladie voire la mort de proches, angoisse à l’idée de ce que l’avenir nous réserve… et toujours, cette peur du virus dont on ne connaît pas la fin.

Mais la période est aussi pleine d’espérance. Elle a donné lieu à une belle vague de manifestations de soutien et de mobilisation bénévole. Sur les réseaux sociaux, des vidéos exceptionnelles de créativité ont circulé. En ville, les parfums du printemps ont supplanté les odeurs de gasoil. Certains d’entre nous ont retrouvé le goût du temps libre. Les premières semaines de l’épidémie, les équipes hospitalières de terrain se sont recentrées sur leur cœur de métier sans avoir de comptes à rendre à leur hiérarchie, et ça a marché. Et partout, une envie collective est montée, celle d’un monde plus écologique et plus humain.

Accompagner sans lien physique, tout un paradoxe

Le métier d’écrivain public a cela de riche et précieux que les relations humaines en sont au cœur. Chaque personne accompagnée l’est pour elle-même, qui vient chargée de son histoire et de ses difficultés du moment. Pourtant, pour respecter les mesures de distanciation physique, nous avons été contraints de revoir nos pratiques devenues par la force des choses un peu plus déshumanisées. Quel paradoxe !

Heureusement, le suivi des demandeurs a été rendu possible grâce au retour en force du téléphone et de sa fonction première : l’échange vocal. À distance, la confiance a été plus longue à instaurer. Il a fallu user de trésors de patience. Madame D., avec vous, j’ai dû faire preuve d’un calme olympien pour aller au bout de la demande d’indemnisation CESU. À chaque nouvelle question, vous vous sentiez brusquée. J’ai bien cru vous perdre lorsque vous m’avez rétorqué : « Ah non, je ne donne pas mon numéro de téléphone ». Chaque demande a fait l’objet de trois fois le temps nécessaire habituellement. Et lorsque les personnes n’avaient pas d’ordinateur, ou pas de mail, ou ne savaient pas s’en servir, voire n’avaient pas de smartphone avec la fonction « appareil photo », il a fallu faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour arriver à une résolution.

Du pain sur la planche pour les écrivains publics

Cela a été très compliqué, mais cela s’est fait. De là à dire que l’écrivain public du futur est celui qui va tout résoudre à distance, je m’en garderais bien. Car quelle frustration, tant pour les demandeurs que pour moi, de n’entendre qu’une voix et de n’avoir pour seule perspective visuelle qu’un écran avec des cases à remplir !

J’ajoute à ces quelques réflexions avoir été surprise en bien, pendant les deux mois de confinement, de la réactivité et de l’efficacité des services administratifs : reports d’échéances, réponses réactives aux questions, accessibilité téléphonique pour certaines démarches, réactivité des aides financières… Ils ont sans doute eu des consignes. Mais peut-être ont-ils réalisé qu’en cette période où nous étions tous unis contre un ennemi invisible mais réel, il fallait revenir à l’essentiel : permettre à chacun de manger, d’être soigné, d’avoir du réseau pour travailler et communiquer, de voir ses déchets ramassés… Souhaitons qu’accessibilité et réactivité des administrations soient pérennisées.

À quand, enfin, le service public de l’écrivain public ?

Aujourd’hui, je m’interroge sur les répercussions administratives de ce confinement. Nous, les écrivains publics, avons du pain sur la planche. Je suis persuadée que jamais les demandeurs et les services publics n’auront autant besoin de nous.

Je plaide haut et fort, une fois encore et comme beaucoup de mes consœurs et confrères, pour que l’écrivain public devienne un service public à part entière. Cette période nous a fait revenir aux essentiels. L’un d’entre eux n’est-il pas que chacun puisse avancer dans sa vie, sans être arrêté par des démarches artificielles et compliquées, voire aberrantes ?

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