À toi, petite fourmi de l’hôpital

À toi, petite fourmi de l’hôpital

En cette période inédite, je dédie ce texte à mes proches et à tous ceux qui se battent au quotidien pour sauver des vies. 

Ce samedi, je n’irai pas faire les courses alimentaires pour te laisser la place, toi qui es « sur le pont » toute la semaine
Je respecterai à la lettre les consignes de confinement, le temps qu’il faudra, pour ne pas participer à l’encombrement de ton hôpital
Ce soir, nous ferons un apéro collectif par écran interposé
Je t’enverrai des graines pour l’espace que tu as préparé dans ton jardin, vide pour l’instant parce que tu n’avais pas anticipé
Toute la semaine, je continuerai à t’envoyer des vidéos de mes enfants qui font les pitres pour amener de la légèreté dans tes journées de dingue
Nous continuerons à nous aménager des moments pour discuter, rire, se raconter

Un soir de la semaine prochaine, je t’appellerai pour prendre de tes nouvelles
Je t’écouterai me parler de ta souffrance
Celle de soigner « à la chaîne » et d’avoir le sentiment de ne pas bien faire ton travail
Celle de te sentir impuissant·e face à l’ampleur de la tache
Celle de sentir l’épuisement te gagner et le découragement t’envahir à l’idée de cette période qui va s’étirer
Je t’écouterai me parler de la souffrance de ton personnel
Je t’écouterai me parler du devoir de faire des miracles avec des moyens limités, même en cette période
Je t’écouterai me parler des directives et contre-directives incessantes qui t’épuisent et fragilisent les équipes
Je t’écouterai me parler de salles entières à préparer pour accueillir les futurs malades – vider, nettoyer, aménager, désinfecter –, tout cela en trois petites heures, pour recommencer sitôt après parce que les mesures ont changé
Je t’écouterai me parler du refus de certains chefs de service de lâcher leur matériel pour les unités dédiées
Je t’écouterai me parler des trésors d’ingéniosité que tu as déployés pour trouver le personnel ou le matériel nécessaire afin de répondre aux besoins à venir
Je t’écouterai aussi me parler de la grande solidarité qui relie les uns aux autres, transporteur de matériel, médecin, directeur, aide-soignante… « même combat », « c’est beau à voir », « on est tous important·es »

Je t’écouterai me parler, parce que je ne peux pas faire grand-chose d’autre
Mais sache que ce petit pouvoir, je le mets à ton entière disposition
Fais-en usage dès que tu en ressens le besoin

Ce soir à 20h, je t’applaudirai
Pour le rôle que tu joues à merveille en ce moment
Pour l’engagement dont tu fais preuve depuis toujours

À toi, ma sœur,
À toi, mon frère,
À toi, ma belle-sœur,
À toi, ma nièce,
À toi, petite fourmi soignante, où que tu sois, qui que tu sois,
Quel que soit ton poste, quelle que soit ta contribution,
Du fond du cœur, je te remercie

Partagez
venenatis, dapibus Aliquam sed ut ante. efficitur.